Une toute nouvelle salle de spectacles à Orléans, le Centre des arts Shenkman, une marraine rafraîchissante en la personne d’Andrea Lindsay, des artistes en plein développement, tout était prêt samedi soir pour que la finale d’Ontario Pop soit une réussite.
Animé avec beaucoup de brio et d’humour par le comédien, chanteur et metteur en scène Stéphane Guertin, le gala mettait en vedette six artistes ou groupes de l’Ontario français : Butch Bouchard et Rose Ekosso d’Ottawa, Lindsay Foley de Casselman, Bastien Vaultier, également de la capitale fédérale, ainsi que les groupes AkoufèN de Timmins et Malentendu de Sudbury.
Après que le cofondateur de la troupe Improtéine, Stéphane Guertin, eut fait la démonstration, avec une gestuelle loufoque et des extraits de Mentir de Marie-Mai et Ne me quitte pas de Jacques Brel, que la mise en scène est aussi importante dans un spectacle de chansons, les quelque 300 personnes présentes ont eu droit à quelques discours d’usage dont l’intervention du député conservateur Royal Galipeau.
Le représentant de la circonscription d’Ottawa-Orléans en a profité pour confirmer que le gouvernement canadien allait de l’avant avec la mise en oeuvre du programme Vitrines musicales pour les artistes des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Il injectera 4,5 millions $ pendant cinq ans pour « mieux faire connaître les artistes, non seulement dans leur milieu, mais également à l’extérieur de la région », selon M. Galipeau.
AkoufèN, le choix du jury
Artistes en devenir, on ne pouvait évidemment s’attendre à ce que tout soit impeccable. Ici, c’est une prononciation à améliorer, là, c’est une présence sur scène à modifier et surtout, des textes à peaufiner. Normal quand on pense que certains artistes ont tout juste 16 ans comme Kim Lachance d’AkoufèN, qui a raflé deux prix.
Sans doute séduit par la fougue et l’extraordinaire chimie dégagées par le quatuor de Timmins formé de Matthieu Leroux, Martin Rocheleau, Kim Lachance et d’Éric Carrière, le jury leur a accordé la chance de pouvoir enregistrer le clip de leur choix dans les studios de la Télévision Rogers. Ils ont aussi obtenu le privilège de passer directement à la demi-finale du Festival international de la chanson de Granby en septembre prochain.
Avec une musique punk rock qui déménage à souhait et des paroles qui n’ont pas peur de s’engager socialement comme dans Au lendemain, où la question des sans-abri est abordée, ça promet pour le groupe qui n’existe que depuis… 9 mois !
Rose Ekosso à Granby
À Granby, AkoufèN sera accompagné par Rose Ekosso. Originaire du Cameroun et installée depuis 5 ans à Ottawa, l’artiste franco-ontarienne en a séduit plus d’un par sa présence sur scène et surtout par la qualité de sa voix.
Si parfois, ses textes en français sont quelque peu répétitifs, car plus à l’aise avec certaines langues camerounaises, « au Cameroun, j’écrivais davantage en français quand j’étais plus jeune, mais ce n’est pas ça qui aide à percer là-bas, c’est plutôt les langues nationales, » confiait-elle en entrevue après le spectacle.
Les rythmes funky et jazz qu’elle sait marier à la langue de Molière et aux intonations africaines font un heureux mélange de couleurs. L’auteure-compositrice-interprète a aussi remporté le prix de la Société pour l’avancement de la chanson d’expression française, qui lui permettra de se perfectionner pendant une semaine à Montréal et d’offrir deux mini-concerts à la Place des arts.
La chanson primée à Vaultier
Quant à Bastien Vaultier, à peine arrivé depuis un an à Ottawa, il est reparti lui aussi avec deux prix, soit celui de la chanson primée par la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique pour J’en suis revenu et la possibilité d’enregistrer dans les studios de Radio-Canada la chanson de son choix.
Le visage radieux de celui qui se dit inspiré par les Ferré, Lavilliers et Cantat en disait long sur son passage orléanais.
La touche Lindsay
La finale d’Ontario Pop n’aurait évidemment pas été complète sans les doux moments passés en compagnie d’Andrea Lindsay, qui y est allée de quelques chansons dont la très populaire Les yeux de Marie, l’impressionnante interprétation du Poinçonneur des Lilas de Gainsbourg et de la très belle Lune de papier, qui devrait se retrouver prochainement dans son deuxième opus.
(Le Droit, 2009/06/08, Magny, André, page: 22)
